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En pénétrant dans la salle d’exposition du musée de Tipasa mon regard a été attiré, aimanté, par une grande et très belle mosaïque évoquant avec un réalisme frappant la domination romaine sur cette terre d’Afrique conquise. La «Mosaïque des captifs» c'est ainsi que l'on nomme cette oeuvre antique, datant du IIIe siècle, montre en son centre et bien en évidence, des prisonniers berbères au temps de l’occupation romaine : un homme et sa femme enchaînés en compagnie en arrière plan de leur fils. Une famille captive assurément coupable du seul crime de ne pas accepter les contraintes dictées par un occupant. Pour compléter ce tableau tragique douze petits carrés répartis au tour du carré central représentent des personnes symbolisant tous des habitants de la Tipaza antique  qui s’opposaient à la politique de romanisation imposée par les conquérants latins et exécutés à titre d'exemple. Cette immense mosaïque, pièce archéologique d’un intérêt dépassant le domaine artistique, ornait, à l’époque, le sol du tribunal de la ville et constitue aujourd’hui un document historique et sociologique de premier ordre sur la résistance farouche qui animait les Numides face à l’acharnement des légions romaines pour imposer leur domination en Afrique du Nord. L’histoire nous apprend que les Imazighènes,   c'est-à-dire les Berbères ⵉⵎⴰⵣⵉⵖⴻⵏ, ont défendu farouchement leur pays contre l’impérialisme romain et qu’ils se soulevèrent de façon constante, durant les cinq siècles de présence des descendants de Jules César et leur politique tendant à «diviser pour régner ».

Cette mosaïque est un emblème. Cette mosaïque est l’illustration parfaite du poids de la justice imposée par un Etat, par un Etat conquérant, colonisateur. Son symbole traverse le temps et sa lecture est universelle. Comment ne pas ressentir le désarroi de celui ou de celle « traduit » devant ce tribunal et dont il devine à l’avance la sentence violente ou l’issue d’une liberté soumise à la condition sans appel d’une autorité qu’il réfute. Ce qui est fascinant c’est cette faculté par l’occupant romain d’avoir affiché sans fard l’arbitraire et d’avoir eu recours à la création artistique, à  « l‘image », pour asseoir sa domination. « Image » qui seule peut porter en elle un langage universel immédiatement compréhensible, assimilable et qui transmets le péril à transgresser la règle établie. Cet occupant avait en lui l'assurance d'une impunitsé et cette mosaïque devait péreniser son pouvoir et par la terreur qu'elle devait susciter lui assurer une totale quiétude pour enrichir son impérialisme, son commerce et sa prospérité.

Cette mosaïque je n’ai cessé de l’imaginer comme fronton ou pavement ( comme elle le fut placée à son origine ) de Cours de justice en des contrées liberticides tout au cours des siècles, ainsi qu’aujourd’hui, et lorsque l’on évoque les Droits de l’Homme et du Citoyen c’est bien à la suppression du symbole porté par cette mosaïque que notre pensée doit nous porter...

J’ai quitté Tipaza avec cette pesante image et tout au long de mon séjour en écoutant les témoignages de mes amis et dès mon retour en lisant quelques chapitres d’ Alger la Blanche de Salah Guemriche, en me récitant la Complainte des mendiants arabes et de la petite Yasmina tuée par son père, en parcourant les témoignages de Zohra Drif et d’Habib Réda ou les réactions de l’écrivain Annouar Benmalek  ainsi bien entendu que la parole de « l’hérétique » Kateb Yacine porteur d’un esprit de subversion qui n’a jamais quitté du temps de cette mosaïque à aujourd’hui ce peuple algérien

mosaïque des martyrs

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