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Il est des jours où un petit peu de magie vient bouleverser le rythme attendu. Je ne devais pas passer par Vincennes et en raison d'être ficelé dans d'une circulation dense qui m'occasionait mille et un détours pour m'en sortir j'ai fini par tomber tout net sur le festival America planté sur l'esplanade face à la mairie . Le temps de garer la voiture et me voilà au beau milieu des stands de livres tous aussi attirants les uns que les autres. La thématique choisie cette année correspond également à l’un des mes centres d'intérêt: la littérature d'expression francophone aux Amériques de la Guyane au Québec... Un régal de sons et de couleurs. Des souffrances également illustrées par la violence infligées à une culture minoritaire. Des cultures minoritaires que la multiplication des atrophies, des interdits, des contraintes et des déportations même n'ont pas abattues. 

Mon bonheur c'est sur le stand de la librairie du Québec que je vais le rencontrer. Des piles d'ouvrages et tout au bout de la table les ouvrages de Zacharie Richard et son dernier album musical: Le fou. 

Je feuillette enthousiaste et suis distrait par une silhouette face à moi de l'autre côté du stand. Une séparation fragile . Je lève la tête et s'engage un dialogue presque banal mais charge d'émotion. Il est là! Passé l'étonnement on se met à parler. Et la magie opère. C'est que Zacharie Richard c'est un personnage. Il m'accompagne souvent quand je peins, quand j'exprime une révolte, quand tout simplement je suis homme qui résiste. Il est un résistant. De la langue, de l'écologie, des pauvres, des déportés, des expulsés. Il construit sa résistance pour un jour un terme se mette aux injustices. pas si fou le fou, ce fou de Bassan si fragile et si englué dans la nappe de mazout, car nous sommes tous des fous de Bassan englués dans cette foutue saleté de marée noire. 

Zacharie Richard c'est des chansons de combat, c'est le blues cajun, c'est la tradition d'un peuple et l'appel à la dignité pour demain, c'est le respect de soi et de la nature. C'est l'homme conscient. Zacharie Richard c'est la liberté, la liberté de conscience.

Retournant aux racines, en 2012 il compose Le Fou qui est imprégné des rythmes et des sons de la Louisiane. C’est un album simple, mais riche en sentiment et émotion. Les thèmes de résistance (Laisse le vent souffler) de séparation (La chanson des migrateurs) et de crise identitaire (Orignal ou Caribou) sont toujours présents, mais l’album est épicé par plusieurs chansons inspirées par la Louisiane comme seul Zachary sait le faire (Clif’s Zydeco, Sweet Sweet, Crevasse Crevasse, Bee de la manche). La chanson titre parle de la marée noire de 2010, de quoi, selon l’auteur, devenir fou. Mais il y a d'autre façon de devenir fou. Quand on prend conscience d'un crime, d'une barbarie comme son peule cadien a pu le vivre il y a deux siècles. Une folie adossée à la religion, ce crime des consciences absolu. J'en veux pour exemple cette chanson tirée d'un autre album : Ô, Jésus. Une chanson inspirée par le récit de plusieurs rescapés du génocide au Rwanda dont les paroles sont les propos recueillis quasiment mot pour mot par les victimes.  


Quand j’étais jeune, j’avais toujours peur 
            que Dieu m’apparaisse 
            dans ma petite chambre noire, 
Mais depuis Nyamata je n’y crois plus, 
            j’ai prié et j’ai attendu 
            mais il n’est pas venu.     .
Si Dieu est tout puissant et capable de tout 
            comment se fait-il
            qu’il n’a pas arrêté ça?

Le 6 avril, 1994, 
            Une journée humide et grise, 
            on s’est réfugié dans l’église, 
Priant que le Miséricordieux 
            vienne nous protéger; 
            sous les bancs, les gens 
Se sont entassés, on avait faim, 
            il faisait chaud, 
            ça sentait l’émotion.
Une fois que les pères blancs 
            sont partis, on a prié Dieu, mais 
            Dieu avait peur aussi

Ô, Jésus, ou ce que tu vas? 
Ô, Jésus, réponds moi.

L’église de la colline est devenue un abattoir, 
            si la présence de Dieu 
            se voit dans les actions 
            et que la première chose de Dieu 
C’est d’aider les pauvres?     .

Si Dieu existe, il est faible comme nous,     .
            pourquoi Il a fait ça, 
            les amis que j’ai perdus.
Je dis que Dieu a une dette envers nous, 
            J’ai fait autant de prières, 
            et là je n’en fais plus. 
Je ne comprends pas ce qui se passe 
            si Dieu n’est pas un dieu méchant et féroce,
Et maintenant, je n’ai pas peur de Le voir,
            car si je Le vois, je Lui crache à la gueule.

Ô, Jésus, ou ce que tu vas? 
Ô, Jésus, réponds moi.

Une fois finie la fusillade 
            on a commencé avec les machettes. .
Je répétais mes prières
            mais Dieu se cachait dans la fumée 
            qui se levait de mon âme brûlée. 
J’ai demandé qu’il me sauve; 
            j’ai demandé qu’il nous sauve, 
            ou si je dois mourir 
            qu’il m’accueille au ciel, 
Mais la chapelle était profanée avec le 
            désespoir des gens qui hurlaient 
            et depuis ce temps je n’y crois plus, 
Hormis que Dieu s’est foutu de nous, 
            Et la nuit je vois encore tout ce que j’ai vu, 
Mais au lieu de prier je ne prie plus.

 

C'est cela Zacharie Richard. Et c'est aussi celui qui évoque les douleurs du Grand Dérangement; la déportation des Acadiens organisée par les Anglais. 

La déportation des Acadien c'est la brutalité des soldats rassemblant des civils terrifiés, les expulsant de leurs terres, brûlant leurs maisons et leurs cultures... Des scènes cauchemardesques, qui pourraient se dérouler aujourd'hui dans une des régions troublées du monde, ou il y a soixante ans en Palestine... c'était il y a maintenant plus de deux siècles au temps de l'histoire du Canada quand les autorités anglaises décidèrent de la déportation des Acadiens.

Les Acadiens s'étaient installés en Nouvelle-Écosse à la fondation de Port-Royal, en 1604. Ils y ont fondé une petite colonie bien vivante près de la baie de Fundy, construisant des digues pour apprivoiser les hautes marées et irriguer les prés riches de foin. Largement ignorés par la France, les Acadiens en viennent à développer une grande indépendance d'esprit. Avec leurs amis et alliés les Mi'kmaq, ils se sentent en sécurité, même quand, après 1713, la souveraineté sur leurs terres passe aux mains de la Grande-Bretagne.
En 1730, les autorités britanniques persuadent les Acadiens de prêter serment, sinon d'allégeance, du moins de neutralité, en cas de conflit possible entre la Grande-Bretagne et la France. Au fil des ans, la situation des Acadiens en Nouvelle-Écosse devient toutefois de plus en plus précaire. La France fait monter les enchères en construisant la grande forteresse de Louisbourg sur l'île du Cap-Breton. En 1749, les Anglais répondent à cette menace en établissant une base navale à Halifax. En 1751, les Français construisent alors le fort Beauséjour sur l'isthme de Chignecto et les Anglais ripostent avec le fort Lawrence, à deux pas de là.
Alors que les précédents gouverneurs britanniques se sont montrés conciliants avec les Acadiens, Charles Lawrence, lui, est disposé à prendre des décisions draconiennes. Il considère la question acadienne comme un problème strictement militaire. Après la chute du fort Beauséjour aux mains des Anglais en juin 1755, Lawrence remarque que, parmi les habitants du fort, quelque 270 Acadiens appartiennent à la milice - un peu trop, selon lui, pour des gens qui professent la neutralité.
En juillet 1755, à Halifax, lors de rencontres avec les Acadiens, Lawrence presse les délégués de prêter un serment d'allégeance inconditionnel à la Grande-Bretagne. Devant leur refus, il les enferme et donne l'ordre fatidique de la déportation.
Au sein de son Conseil, Lawrence est fortement soutenu par les immigrants de fraîche date de la Nouvelle-Angleterre, qui convoitent les terres des Acadiens. Des commerçants de Boston s'étonnent d'ailleurs souvent du fait que l'on permette à des « étrangers » de posséder d'aussi belles terres dans une colonie britannique.
C'est justement un immigrant de la Nouvelle-Angleterre, Charles Morris, qui a conçu le plan consistant à encercler les églises acadiennes un dimanche matin, à capturer autant d'hommes que possible, à rompre les digues et à brûler maisons et cultures... Quand les hommes refusent de se rendre, les soldats menacent leur famille avec des baïonnettes. Ils partent donc, bien malgré eux, en priant, chantant ou pleurant. À l'automne 1755, près de 1100 Acadiens ont été placés à bord de navires se dirigeant vers la Caroline du Sud, la Géorgie ou la Pennsylvanie.
Lawrence insiste auprès de ses officiers pour qu'ils ne prêtent aucune attention aux « supplications [ou] pétitions que vous adresseront les habitants, quels que soient ceux qui désirent rester. » . Lorsque le colonel John Winslow lit l'ordre de déportation, il admet que le devoir qui lui incombe lui est très désagréable et va à l'encontre de sa nature et de son caractère. Dans une phrase qui aurait sa place dans le cadre d'atrocités bien plus récentes, il ajoute : « Il ne m'appartient pas de critiquer les ordres que je reçois, mais de m'y conformer. »

Les Acadiens, maintenant réfugiés politiques, attendent de s'embarquer à bord des navires qui les amèneront loin de leurs foyers. Certains Acadiens résistent, en particulier Joseph Beausoleil Brossard, qui dirige nombre de raids de représailles contre les troupes britanniques. Beaucoup s'échappent dans les forêts où les Britanniques continueront de les pourchasser pendant cinq ans. Parmi eux, 1500 s'enfuient en Nouvelle-France, d'autres au Cap-Breton ou en amont de la rivière Petitcodiac. Sur les quelque 3100 Acadiens déportés après la chute de Louisbourg en 1758, on estime à 1649 le nombre de ceux qui sont morts de noyade ou de maladie, ce qui représente un taux de mortalité de 53 p. cent.
De 1755 à 1763, environ 10 000 Acadiens auront été déportés. Ils sont envoyés à différents endroits autour de l'Atlantique. Beaucoup se retrouvent dans des colonies anglaises, d'autres en France ou dans les Caraïbes. Des milliers meurent de maladie ou de faim à cause des conditions sordides qui existent à bord des navires. Comble de malheur, les habitants des colonies anglaises n'ont pas été avertis de l'arrivée imminente de réfugiés malades et en sont furieux. Nombre d'Acadiens sont obligés, comme dans le célèbre poème Évangéline de Longfellow, d'errer sans fin à la recherche des leurs ou d'un foyer.
Même si les Britanniques ne les envoient pas en Louisiane, bon nombre d'Acadiens sont attirés par cette région où l'on parle une langue qui leur est familière; ils s'y installent et développent la culture des « Cajuns », comme on l'appelle de nos jours.
En Nouvelle-Écosse, les terres acadiennes vacantes sont rapidement occupées par des colons venus de la Nouvelle-Angleterre. Après 1764, leurs premiers propriétaires sont finalement autorisés à revenir. Ils s'installent loin de leurs anciennes demeures, soit autour de la baie Ste-Marie (N.-É.), à Chéticamp, au Cap-Breton, dans l'Île-du-Prince-Édouard ou dans le nord et l'est de ce qui est aujourd'hui le Nouveau-Brunswick.
Après coup, cette expulsion s'est révélée autant inhumaine qu'inutile du point de vue militaire. Le manque d'imagination de Lawrence y aura joué un rôle aussi grand que la cupidité, la confusion, l'incompréhension et la crainte.
Les vagues de migration des Acadiens vers une nouvelle Acadie se poursuivront jusque dans les années 1820. L'attachement à leur identité a survécu à cette dure épreuve et est encore bien vivant aujourd'hui - un remarquable exemple de la volonté humaine face aux manifestations de la cruauté.

 

 

Voila mon aventure de ce week-end pas encore achevé. J'ai rendez-vous ce soir au concert de Zacharie Richard avec ce plaisir d'avoir à goûter sa musique en live!

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