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Un parti socialiste qui appelle à l’unité tout en déclarant que sa politique n’est pas discutable ; une UMP qui défend des positions assez voisines de celles du FN tout en appelant à faire barrage à ce parti. La crise politique s’approfondit et les commentaires auto satisfaits des uns et des autres ou les babillages médiatiques ne font qu’alimenter la confusion en masquant la seule réalité importante : les citoyens sont exaspérés et leur abstention à un niveau élevé ne reçoit que sarcasmes ou condamnations.

Dans un tel contexte, il n’y a pas de vainqueur sauf par défaut. Vouloir continuer le jeu tel qu’il est ne peut être que mortel pour les citoyens, pour la démocratie et pour la France.

 

C'est aujourd'hui ma conviction d'homme de gauche, de citoyen non assujetti aux manœuvres des  uns et autres qui contribuent à creuser ce fossé entre le politique et le citoyen. 

 

Nous sommes face à un désaveu populaire de la classe politique en general même si, comme chez nous à Fontenay, très localement, un autre sentiment peut donner l'illusion du contraire.

Ces élections départementales de mars 2015 montrent le fossé existant entre le peuple et la classe politique dans son ensemble (y compris le Front National). On l’a dit, mais on ne le dira jamais assez…. L’on peut néanmoins en dégager au moins trois enseignements. Ces élections, bien que formellement « départementales », avaient valeur d’une consultation nationale - ne serait-ce que par l’engagement de Manuel Valls lui-même dans la campagne électorale - sur l’adhésion ou non des citoyens français à la politique du Gouvernement actuel. Elles étaient donc très politiques et même très fortement « politisées » par les états majors de tous les partis politiques nationaux, et notamment les trois premiers d’entre eux : PS, UMP et FN…

I/ Une sanction cuisante à été infligée par les français au gouvernement Hollande-Valls et cela malgré la dramatisation extraordinaire de la campagne électorale orchestree par Manuel Valls jouant sur la « peur » du Front National... Les français n'ont pas été dupés et ont marqué leur désapprobation de la ligne politique gouvernementale actuelle impulsée depuis 3 ans par François Hollande. Déjà, en 2014, le remplacement, à la tête du Gouvernement, de Jean-Marc Ayrault par Manuel Valls (europhile impénitent et libéral déclaré), à la suite de l’échec du Gouvernement et du PS aux élections municipales de mars 2014, avait constitué une aimable mascarade puisqu’il avait été suivi d’un durcissement de la politique « libérale » du Gouvernement pourtant rejetée lors de ces mêmes « municipales » de 2014... Mais, à l’époque, l’échec du Gouvernement Ayrault avait été « expliqué » aux Français par les gentils jésuites qui nous gouvernent par une insuffisance de réformes libérales que le sauveur Manuel Valls, tel Zorro, et enfant chéri des sondages orientés, se promettait d’accélérer, ce qu’il n’a pas manqué de faire, avec les résultats catastrophiques pour notre économie et la destruction du lien social que l’on connaît…

• Un citoyen sur 2 s’est abstenu : c’est la juste sanction du fait que le Président de la République, François Hollande, avait déclaré à l’avance - cynisme ou provocation ? -, comme il l’avait d’ailleurs déjà fait pour les Municipales de 2014, qu’il n’y aurait pas de changement de cap politique quels que soient les résultats de ces élections. Dès lors, un Français sur 2 s’est dit « à quoi bon aller voter si rien ne doit changer ? ». Dans la ville d’Evry dont Manuel Valls fut maire pendant de longues années, et malgré l’appel au vote du Premier Ministre, le taux d’abstention au 2ème tour est de près de 62% (il était de plus de 63% au 1er tour) : sur 24 427 électeurs inscrits, 15 074 se sont abstenus et seulement 9353 ont voté le dimanche 29 mars 2015. C’est dire que la plus grosse majorité des élus sont des élus minoritaires et ne représentent guère significativement leurs concitoyens, ce qui pose un problème quant au sens à accorder au terme « représentation » dans un pays pourtant réputé « démocratique », sinon dans les faits, au moins au niveau de sa Constitution (articles 1, 2 et 3)…*

• Deux sanctions symboliques sont significatives : le PS de François Hollande a été battu à Tulle dans le fief corrézien du Président (qui avait fait lui-même le déplacement pour aller voter) avec le basculement à droite de ce département rural. Malgré son « frondeur » local - preuve que la « Fronde », même de bonne foi, ne suffit pas, localement, à réparer les erreurs institutionnelles PS/Gouvernement -, le PS de Manuel Valls a été battu dans l’Essonne, département pourtant essentiellement urbain dont le Premier Ministre a été maire d’Evry pendant de longues années… Le Premier Ministre, doublement désavoué au plan local et national, devrait normalement démissionner car, malgré des sondages trompeurs sur sa pseudo cote de popularité, il sort désavoué et même exsangue de ce scrutin si l’on prend également en compte son engagement « politique » (voire très politicien et même « déchaîné ») dans la campagne électorale. • Le PS, parti apportant son soutien immuable et inconditionnel au Gouvernement Hollande-Valls, perd ses fiefs et bastions historiques ; Bouches du Rhône (bastion de gauche depuis 60 ans… Gaston Defferre doit se remuer dans sa tombe…), Nord (bastion du PS depuis 17 ans), Côtes d’Armor (bastion du PS depuis près de 40 ans). Le PS et ses alliés ne détiennent plus que 30 départements sur 90.

II/ La droite est minoritaire dans le pays : le rejet des politiques « libérales », qu’elles soient incarnées par la « Droite » ou la « Gauche »…

Malgré le fait qu’elle est désormais majoritaire dans 60 départements, la Droite a-t-elle « gagné » ce scrutin et reconquis la confiance des citoyens français ?

L’on peut raisonnablement et très honnêtement en douter…

En effet, si par rapport au nombre de suffrages exprimés, la Droite l’emporte largement dans la très grande majorité des départements, il s’agit d’une victoire par défaut car elle porte sur moins de 50% du corps électoral, la majorité s’étant abstenue. La droite, avec le Front National, captent une partie des suffrages des Français mécontents, en l’absence d’une possibilité d’alternative réelle d’une « autre politique » qui soit enfin incarnée par un parti politique crédible.

C’est dire que les idées de la Droite, pas plus que celles du PS, ne sont majoritaires dans le pays. Mais, ne nous y trompons pas, c’est la politique de rigueur qui a été justement sanctionnée par le peuple, alors même que la Droite nous dit à longueur de journée depuis 3 ans, que la Gauche n’en fait pas assez sur ce registre là, comme sur le plan de la « libéralisation » de l’économie - supposée guérir la France de tous ses maux -, ainsi que sur le plan des rapports sociaux qui devraient, eux aussi, être soumis à la loi du marché de l’emploi (suppression du SMIC analysé comme empêchant les entreprises d’être compétitives, c’est-à-dire de mieux se détruire entre elles par le jeu d’une libre concurrence exacerbée, haro sur les CDD, gênant la souplesse de la gestion des « ressources humaines », ni davantage de lois protectrices de la condition salariale, etc.

Le PS, avec Manuel Valls, Pascal Lamy - ancien Directeur Général de l’OMC désormais devenu disponible et ayant montré quelque appétit, par des déclarations aussi fracassantes que déconcertantes, pour faire de la France le laboratoire de l’OMC - et bien d’autres encore au PS ne sont d’ailleurs pas insensibles aux sirènes du MEDEF sur tous ces chapitres…

Il est vrai que dans cette course à l’échalote pour faire allégeance à l’Union européenne, même au prix de la destruction de notre système social et de la mise en berne de notre République, l’UMP a une bonne longueur d’avance car ayant déjà opéré depuis longtemps son aggiornamento de parti « gaulliste » pour une conversion accentuée en parti franchement « libéral ».

Rappelons, avec l’historien Michel Winock, que « Le gaullisme était une droite nouvelle de la France libre, de la Résistance. Elle se démarquait du conservatisme. Elle intégrait les principes républicains et engageait le pays dans un vaste effort de rénovation et de modernisation. Le néo-gaullisme de Georges Pompidou et de Jacques Chirac a mis fin au caractère de rassemblement pour devenir un simple parti de droite transformé en machine électorale. Nicolas Sarkozy a définitivement enterré les références à De Gaulle » .

C’est ce que Nicolas Sarkozy suivi ensuite par beaucoup d’autres au sein de l’UMP, appellent une « droite décomplexée » qui n’est plus patriote mais est devenue « internationaliste ». Cette droite est ainsi devenue, sans complexe, la courroie de transmission du MEDEF, et plus généralement, hors de France, un parti politique devenu une officine électorale au service des intérêts des puissants de ce monde… Or les pratiques politiques de la Droite, comme de la gauche, sont assez proches puisque dans sa pratique gouvernementale, le PS au pouvoir, depuis mai-juin 2012, sous la pression de l’Union européenne, des Marchés et de la Finance internationale, s’est converti à la dérégulation, non seulement de l’économie mais aussi de la société, comme le montrent les lois du 14 juin 2013 sur la précarisation de l’emploi (malgré son libellé contraire) et le retour à la contractualisation des rapports du Travail et, plus récemment, la Loi Macron sur la dérèglementation de certaines professions…

III/ Le Front National progresse mais ne convainc pas les Français…

La poussée du FN - si elle est incontestable et va lui permettre de s’implanter localement en étant présent dans de nombreux conseils départementaux (un peu plus d’une soixantaine de conseillers départementaux dans une trentaine de cantons, mais sans en avoir conquis aucun) - est le résultat conjugué de la très forte abstention de nos concitoyens (qui le concerne également) et, comme il a été dit, d’une absence d’alternative politique à la politique sociale rétrograde du Gouvernement Hollande-Valls.

Si le FN s’invite et dérange le jeu bipartisan des deux partis dominants de gouvernement que sont le PS et l’UMP, il n’a pas, pour autant, convaincu les Français – et fort heureusement ! – qu’il pouvait constituer la relève de ces deux partis défaillants au niveau de l’affirmation selon laquelle « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale » dont nos gouvernements se sont mis en congés depuis des décennies…

Les Français ne sont pas dupes et ont sûrement du mal, en effet, à déceler un brin de fraternité dans le discours du Front National et sa pratique politique dans les villes dans lesquelles il est majoritaire depuis mars 2014 …

Dans une République dont le « principe est : gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple » (article 2 de notre Constitution), le peuple a adressé, à l’occasion de ces nouvelles élections départementales, un message clair à nos gouvernants et à l’ensemble de la classe politique (y compris le FN) : un message de sanction pour les premiers et de désaveu de l’ensemble de la classe politique de notre pays.

Mais ce n’est pas le premier qui est lancé depuis le naufrage de Sarkozy et le radeau Hollande-Ayrault-Valls pour le remplacer depuis mai-juin 2012… Sera-t-il entendu davantage que les autres ?

Lorsqu’un système politique est en crise, comme l’est le nôtre, il y a deux solutions:

-  soit la tentation autoritaire : en France, Bonaparte, en 1799 ; puis le Prince-président Louis Napoléon Bonaparte en 1851 ; enfin le Maréchal Pétain, en juillet 1940, avec le régime dictatorial et liberticide de « l’Etat français » ;

-  soit la solution démocratique : assemblée nationale constituante de 1789, convention : 1792/1793 ; assemblée nationale constituante de 1848 ; Libération de la France et programme du CNR : 1944-1945, puis assemblées nationales constituantes de 1945 et 1946.

C’est dire que notre système politique étant en crise, le seul remède démocratique qui vaille est le recours à plus de démocratie par la convocation d’une assemblée nationale constituante, elle-même émanation d’assemblées primaires locales constituantes (communales et départementales). C’est le retour aux sources : celle de la souveraineté du peuple, seul véritable fondement de la démocratie.

 

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