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Jean Glavany, député des Hautes-Pyrénées et membre du conseil national à la laïcité au PS, réagit à l'interview de Jean-Louis Bianco, président de l'Observatoire de la laïcité, sur la proposition de loi visant à interdire le port du voile dans les crèches privées, adoptée en commission des lois. En accord total avec ses propos je les reprends ici sur cette plateforme numérique.


Il y a deux mois à peine, la France entière, ou presque, « était Charlie ». Soit.

Cet engagement du peuple français, descendu massivement dans les rues le 11 janvier était-il éphémère ? S’inscrit-il dans la durée ?

Pour répondre à ces questions, souvenons-nous du message des journalistes-survivants de Charlie- Hebdo , dans leur premier numéro post-attentats, à travers l’édito, de Gérard BIARD : « Une question, quand même, nous taraude : est-ce qu’on va enfin faire disparaître du vocabulaire politique et intellectuel ce sale mot de « laïcard intégriste » ? Est-ce qu’on va enfin arrêter d’inventer de savantes circonvolutions sémantiques pour qualifier pareillement les assassins et leurs victimes ? » .

C’est à l’aune de cette injonction que je souhaite répondre à l’interview surprenant du Président de l’Observatoire de la Laïcité dans ces colonnes, selon lequel il existerait un « a priori antimusulman, y compris à gauche ».

Je passe sur l’idée qu’on puisse être de gauche et antimusulman. Pourquoi pas de gauche et raciste ? Remarquez il y a bien un antisémitisme à gauche. Mais ça n’est pas ma gauche, notre gauche, la Gauche...

Mais je veux insister surtout sur la rengaine de l’islamophobie opposée à l’esprit même de la philosophie des lumières : alors qu’on vient de se battre tous ensemble pour la liberté d’expression poussée à ses limites, la caricature, voilà qu’il ne serait plus possible de critiquer les religions ?? Il faudrait jeter aux oubliettes le si précieux esprit-critique de nos grands penseurs du 18ème siècle ?

Il faudrait mettre à l’abri de l’analyse critique les religions sous prétexte que ce serait « religiophobe » et, en particulier, la religion musulmane car ça serait « islamophobe » ?

Où va-t-on ?

N’avez-vous donc pas vu que ce terme même, l’islamophobie, a été inventé par des intégristes religieux pour tenter de discréditer les critiques de leur intégrisme en cherchant à coaliser leur religion autour d’eux et de leurs dérives ?

Ne comprenez-vous pas que si vous ne triez pas « le bon grain de l’ivraie » (j’emploie volontairement une image puisée à la source chrétienne... pour sourire), c’est-à-dire en procédant vous-même à l’amalgame entre les religions et leurs intégrismes, vous impuissantez la République ?

Eh quoi, oublierait-on que le combat déjà vieux de la République contre la religion catholique – et elle seule ! – pour s’affranchir de sa domination, n’a pas entraîné pour autant la confusion dans nos têtes, un siècle après, entre le catholicisme et l’inquisition ?!

Ces amalgames abaissent le débat démocratique

Pire : ils préparent et facilitent les plus haïssables réponses. Car si toutes les religions ont généré dans l’histoire et génèrent toujours leurs propres intégrismes, un intégrisme radical menace plus la République que les autres, aujourd’hui. C’est l’intégrisme islamiste. C’est un fait que je crois incontestable. Et si nous, les républicains sincères, ne le reconnaissons pas de peur de paraître islamophobes, alors on nie les problèmes et on fait le lit du Front National qui, lui, ne nie pas les problèmes : il les exploite pour entretenir les peurs !

Quand le Président de l’Observatoire de la Laïcité affirme que « ce serait quand même inouï d’adopter une mesure inscrite dans le programme pour les départementales de Marine Le Pen, tout cela est incohérent », il s’égare car il porte un jugement moral et seulement moral sur le Front National. Et cette méthode échoue depuis des décennies, sous nos yeux.

Quand un problème se pose, il faut le dire, le poser et le traiter sérieusement. « Ne pas nommer les choses, c’est ajouter à la misère du monde » disait CAMUS. Et si nous ne traitons pas les problèmes qu’exploite, par les peurs, Madame LE PEN, alors elle les exploitera encore plus.

Reste l’affaire de la crèche Baby loup et de la proposition de loi des Radicaux de Gauche qui viendra bien en discussion en mai prochain malgré l’ire du Président de l’Observatoire et avec l’aval de l’exécutif qui change moins d’avis qu’on ne veut bien nous le dire.

J’ai critiqué la position de l’Observatoire pour des raisons de forme et de fond : nous n’avions nullement délibéré collectivement de ce communiqué maladroit, l’avis de l’Observatoire d’octobre 2013 n’employait nullement le mot d’opposition à tout projet législatif mais se plaçait dans une logique de recommandation ce qui n’est pas la même chose, et l’Observatoire n’a pas le pouvoir juridique d’émettre des avis sur les initiatives parlementaires. Tout ça fait beaucoup quand même, pour une institution à la recherche de sa crédibilité.

Reste le fond qui est bien plus important. En quoi cette proposition de loi serait-elle « dangereuse parce qu’elle va à l’encontre du principe de laïcité » ?? Vouloir étendre ce principe aux crèches privées fonctionnant sur fonds publics et nécessitant un agrément de l’Etat ce serait aller contre la laïcité ?

Je cherche à comprendre.

« Aller plus loin » ce serait « aller contre » ?? ça n’a pas de sens.

Etre un bon laïc, ce serait avaler – de travers – tous les pas en arrière, tous les reculs assénés depuis des décennies, et s’interdire toute progression, toute avancée ? Le raisonnement est pour le moins paradoxal.

Enfin vient l’argument fatal : « Au P.S., certains défendent une conception laïcarde, punitive de la laïcité ». Nous y voilà : après les « islamophobes » pour disqualifier les critiques de l’intégrisme religieux voilà les «laïcards» pour disqualifier les défenseurs d’une laïcité qui ne soit pas hémiplégique.

«Pas hémiplégique » cela veut dire marcher sur ses deux jambes : celle du RESPECT des différences, de l’antiracisme et de la lutte contre toutes les discriminations ; et celle du DEPASSEMENT de nos différences pour construire ce qui nous est commun, rendre concrètes nos valeurs, être fidèles à notre histoire et préparer l’avenir de nos enfants. Respect et dépassement : on peut aussi dire « droits et devoirs républicains ».

Cher Président de l’Observatoire,
Le mot « laïcard » n’a jamais été employé que par des adversaires de la laïcité, prenez-y garde.

De même que tous ceux qui ont ajouté un qualificatif à la laïcité ont toujours émargé aux rangs de ses adversaires.

Hier Sarkozy parlait de «laïcité positive » comme si la liberté de conscience pouvait être négative.

Aujourd’hui vous nous parlez de laïcité « ouverte » comme si elle pouvait être fermée, ou de laïcité « d’inclusion » comme si elle pouvait être d’exclusion !

Et pour discréditer un peu plus les laïcs, vous parlez de « laïcité punitive » comme si, après 68, il était interdit d’interdire...

Je le répète, à ajouter des mots, on dilue les idées, ou on avoue ses doutes. La laïcité ferme, tranquille et sereine, n’a pas besoin de qualificatif.

Jean GLAVANY

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