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Invitée à Manama, au Bahreïn, au début du mois pour le Printemps de la culture, Joumana Haddad, athée, féministe et pro-LGBT, s'est vue refuser l'accès au royaume.
«Les athées sont donc apparemment plus dangereux que les égorgeurs et ceux qui brûlent des êtres humains!» a ironise, amère, l’écrivaine, essayiste et journaliste libanaise Joumana Haddad sur son compte Facebook. En effet l'écrivaine qui se décrit comme «une athée proclamée», s’est vu subitement refuser l’accès à Bahreïn. Elle devait donner une conférence le 6 avril à Manama, la capitale du royaume, dans le cadre du Printemps de la culture.
«J’ai été invitée il y a un mois par la ministre de la Culture elle-même, pour un événement autour de la poésie". Mais dès lors que l’événement a été annoncé, elle a été l’objet d’une campagne sur Twitter à l’aide d’un hashtag indiquant "les athées ne sont pas les bienvenus à Bahreïn". Elle avoue qu'elle sait également que son attachement à prôner l’égalité hommes femmes n’a pas simplifié les choses, et qu'il lui a été reproché de défendre les droits des homosexuels. Des députés islamistes s’y sont mis également pour attiser le climat et finalement le Premier ministre a fini par capituler. 
Ensuite la ministre de la Culture n'a pu que l'informer qu'elle était interdite d'entrée à Bahreïn.
 
Le principal parti salafiste du pays, Al Asalah, a en effet protesté avec virulence contre sa venue : «Nous réclamons qu’elle ne soit pas autorisée à entrer sur notre territoire sous quelque prétexte que ce soit parce que notre religion, notre morale et notre peuple ne l’acceptent pas, et ne le permettent pas.» Le parti a également menacé de confronter la ministre de la Culture à cette «provocation flagrante contre la religion de Dieu». En défense de l’écrivaine, d’autres voix, elles aussi nombreuses, se sont pourtant fait entendre, comme celle, parmi d’autres, de cet internaute bahreïnien, qui semble sincèrement atterré par la prolifération de bêtise et de haine. 
 
Joumana Haddad, qui prône un féminisme assez radical, est connue pour être la rédactrice en chef de la sulfureuse revue arabophone Jasad («Corps»). Ce trimestriel, édité à Beyrouth, explore depuis 2008 les liens entre corps et culture, et brise certains tabous en parlant d’érotisme, de nudité et d’homosexualité. Interdite dans de nombreux pays arabes, en proie à des difficultés financières, sa parution devrait cependant reprendre dans les mois qui viennent. Jasad n’a pas valu que des soutiens à sa rédactrice en chef, qui a ensuite publié dans plusieurs langues un essai féministe radical, "J’ai tué Schéhérazade : confessions d’une femme arabe en colère" publié dans sa traduction française aux Editions Actes Sud puis en 2013, un autre essai tout aussi abrasif et que je vous recommande vivement "Superman est arabe", dénonçant le patriarcat à l’œuvre non seulement dans le monde arabe mais encore dans les trois religions monothéistes. Une évidence! 
Cette interdiction démontre que les mots et la pensée ont encore un poids qui fait peur à toutes ces personnes dissimulées derrière le paravent d'une soi-disante morale! La libre pensée fait toujours l'objet de craintes car elle porte en elle le vent de la liberté d'être.  
 

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