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 Alors que l’exécutif entend que l’école soit à nouveau le lieu de transmission des valeurs républicaines, en coulisse, des membres du PS s’interrogent sur leurs petits arrangements avec la laïcité depuis des années. Une remise en question qui porte notamment sur les pratiques du « socialisme municipal » et le « clientélisme communautaire »… Une gangrène qui affecte des politiques municipales à laquelle mon engagement politique se soustrait d'adhérer depuis des années. 

Comme l'affirmait dans un entretien récent à l'hebdomadaire Marianne, avec une forte pointe d'ironie, Jean-Luc Mélenchon "au Parti socialiste, ils ont effectivement un sacré examen de conscience à faire sur leur engagement laïque". Et il a pleinement raison car depuis l’attaque meurtrière de Charlie Hebdo et la prise d’otage de la porte de Vincennes qui a fait quatre victimes, plusieurs socialistes, en off ou sur la place publique, se sont lancés dans un véritable « examen de conscience » sur leur rapport à la laïcité.

L'exemple est venu du député de l'Essonne Malek Boutih qui le premier a appeler le PS à se plier à un tel exercice: « La gauche doit se remettre en cause profondément » et fidèle à lui-même il désigne comme depuis des années le problème de certains élus qu'il désigne comme complices. Je cite:  « Il faut arrêter la délégation à des autorités locales qui sont, soit au mieux débordées, soit complices ». Et d’ajouter, toujours avec autant de franchise : « [Les élus locaux] s’arrangent avec la réalité ou ils participent de cette réalité pour avoir un petit paquet de voix aux prochaines élections ».

Dans le viseur de Malek Boutih, ce « socialisme municipal » comme le murmure également le député de Montreuil Razzy Hammadi, député de Seine-Saint Denis, membre du Bureau national du PS qui ne dit pas autre chose lorsqu’il évoque « des lâchetés » et précise que « certains ont flatté le communautarisme pour les objectifs électoraux ». En l’occurrence, la volonté de récupérer un hypothétique « vote musulman »…

Rassurons nous chez Hammadi, l’autocritique a ses limites. S’il explique qu’il est nécessaire pour ses camarades d’engager une « véritable réflexion » sur certains sujets (il ignore, par exemple, la position du PS sur l’organisation et le manque de représentativité du CFCM, le Conseil français du culte musulman), il explique ne pas avoir « le sentiment que les socialistes aient baissé leur garde, sur le principe de la laïcité en tout cas ». Il est coutumier de cette langue de bois dont il faut toujours et toujours user pour diluer les effets d'une réalité que l'on maîtrise mal ou pour taire ses intentions et encore mieux  pour pouvoir toujours se trouver une porte de sortie qui offre evidemlent la perspective du maintien de sa carrière politique...

Et pourtant, d’autres socialistes, eux, n’hésitent pas à commencer à se lancer dans une sorte de droit d’inventaire. C’est le cas de cet élu de banlieue qui se demande si lors des « débats en Bureau national sur le voile intégral, on a peut-être merdé… » Le 13 juillet 2010, la loi interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public, communément appelée « loi anti-burqa », est votée à l’Assemblée nationale à 335 voix contre 1. Sur les 204 députés socialistes, 18 seulement voteront pour dont Manuel Valls, Aurélie Filippetti mais aussi Sylvia Pinel, l’actuelle ministre PRG du Logement. Le groupe socialiste avait décidé de ne pas prendre part au vote, optant pour une position démissionnaire dite du « ni-ni ». Toujours ce courage politique. 

Jean Launay, député du Lot depuis 1998 estime que le PS avait « peut-être oublié que la laïcité était une composante de notre corpus républicain ». Lui qui réfute le terme de « guerre » employé ces derniers jours — « nous ne sommes ni en guerre contre les musulmans ni contre l’islam » mais en lutte contre des « fanatiques », explique-t-il — n’avait pas tergiversé longtemps pour faire son choix. « Je ne suis pas dans une lutte contre les religions. La laïcité est un état naturel, lié originellement à ce qui fait notre République. A l’époque, je ne me suis pas demandé si je stigmatisais. Ça aurait été une insulte aux musulmans laïques ».

De son côté, Philippe Vuilque, ancien député des Ardennes, exclu depuis du PS pour dissidence, explique l’attitude de neutralité de ses anciens camarades par le contexte politique. « Nous étions dans une opposition assez dure avec Nicolas Sarkozy à l’époque ». Mais cela ne l’empêche de juger la position du groupe PS de l’époque « décalée et incompréhensible». « Je suis fier d’avoir voté cette loi. On a pris nos responsabilités car il était important de réaffirmer notre laïcité de combat, on a eu raison à l’époque ». Il prend le soin de préciser que Robert Badinter, au Sénat, avait lui aussi voté cette loi et dans son discours déclarait : « En interdisant le port du voile dans l’espace public, vous n’empêchez pas celles qui le veulent de pratiquer leur religion, mais vous ne tolérez pas que les éléments les plus intégristes et les plus fanatiques affichent et proclament leur vision ». Il concède néanmoins, qu’au-delà des réticences à voter une loi proposée par « la droite », certains de se petits camarades voulaient surtout éviter de se mettre « la communauté musulmane » à dos… cela s’appelle le courage politique!

On le voit donc : la parole commence à se libérer. Doucettement, d'une façon feutrée. Car il faut avancer avec prudence dans les couloirs florentins de Solférino tant il n’est pas sûr en effet que ce grand débat sur la laïcité que certains appellent de leur vœux en interne ait finalement lieu. Au PS les grands débats sont tués par les grands arrangements! À moins , c'est une lueur, qu’il ne se fonde et se confonde avec les débats qui, inévitablement, auront lieu dans la perspective du congrès du PS. Peut-être même que ce débat servira les intérêts d’un homme, Manuel Valls, dont la main n’avait pas tremblé en 2010. Lors du scrutin sur le voile intégral, François Hollande, lui aussi député, n’avait pas pris part au vote…

Pour approfondir l'approche de la laïcité par le PS il faut s'en remettre à la remarquable analyse de Guy George qui n'hésite pas à critiquer et à réagir sur les positions scandaleuses affichées par le PS sur la laïcité. Je rappelle que Guy George fut la ancien secrétaire général du SNI-PECG, de la FEN Puis du CNAL et ensuite nommé Conseiller d’État par François Mitterrand. 

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