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Aujourd'hui avec cette journée ensoleillée qui redonne du cœur je sens dans l'air un vent qui rappelle la raison des combats humanistes. Et dans ce vent je ressens un appel de  résistance aux obscurantismes, aux rejets des cultures, des diversités et de la Raison... Un vent frais qui m'entraîne à évoquer aujourd'hui le 1er novembre 1989, le jour de l'enterrement de Kateb Yacine. Ce n'est pas seulement un jour de deuil, un jour d'enterrement banal, identique aux autres jours d'obsèques mais bien jour différent de tous les autres, où les femmes ont décidé en terre d'Algerie, pour la première fois, d'accompagner le défunt jusqu'au cimetière, bravant l'interdit et refusant de le pleurer en silence, comme le dicte la tradition. 1er novembre 1989 jour symbolique où tous  les algériens épris et sensibles aux combats de Kateb Yacine sont sortis dans la rue pour pleurer la disparition d'un des leurs, un fils du peuple. Le départ d'un homme libre, infatigable combattant d'un humanisme réduit en miettes dans un pays aux libertés civiques et religieuses cadenassées. 
 

Le cortège funéraire était interminable, et au chant de kassaman succédaient l'Internationale socialiste et autres slogans révolutionnaires. 
 

Il faut rappeler le décès de Kateb à Grenoble et le refus d'un sordide individu, prédicateur égyptien , membre actif des Frères Musulmans, qui venu assister le pouvoir de Chadli fut nommé par décret présidentiel directeur de l'université islamique de Constantine. Cheikh Mohammed al-Ghazali est le nom de l'imam zélé, payé par l'état algérien qui venait d'émettre sa Fatwah appelant les autorités à interdire l'enterrement.. sous prétexte que Kateb Yacine était « mécréant, incroyant et ne méritant donc pas de place en terre d'islam ». L'appel de l'imam n'a eu aucun écho parmi le peuple pourtant assez inculture et apeuré et intimidé ont les pressions du parti unique et des imams. Encore plus, accompagner Yacine à sa dernière demeure était pour le peuple un signe de résistance contre l'injustice de l'Etat et ses appareils et contre l'appel des charlatans religieux de tous bords. Ce jour là des textes admirables de Benabar Médiène ont rendu hommage à l'auteur de Nedjma. Dans ces lectures on pouvait transposer la voix Mediene  avec la pensée de Yacine comme si ce dernier  s'était mis à interroger l'imam fou d'Alger qui a décidé de traiter Kateb Yacine de mécréant et de lui interdire ces symboliques deux mètres carrés de terre comme tous les autres Algériens, dans un cimetière de son pays. De quel droit l'imam pouvait-il traiter ainsi les morts, sans qu'ils aient le droit de répondre? Était la question qui résonnait en chacun et chacune des présents tout comme celle de savoir pourquoi les hommes n'ont-ils pas le droit de choisir librement leur vie et leurs croyances? Ces questions que des hommes et des femmes continuent à se poser pour résister à l'abomination des obligations religieuses au détriment de la naturelle évolution du genre humain, du développement de l'intelligence dans ce combat meurtrier contre les idées toutes faîtes...
Aujourd'hui dans l'air soufflait cet envie de m'entretenir de ce moment où avec  Kateb Yacine des algériens, des algériennes ont bravé les interdits, les menaces et les atteintes sanguinaires, criminelles et obscures des deux totalitarismes qui minent, sapent et finissent par briser cette Algérie si diverse dans ses origines qui ne répond en rien au nivellement d'une arabisation forcée et d'une religion oppressante. 

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