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Céline Pina est conseillère régionale d’Île-de-France, élue dans le Val-d’Oise. Non reconduite en tant que candidate aux prochaines élections, elle s’est vue menacer d’exclusion du PS en raison de ses prises de position anti-islamistes.

Propos recueillis par Pascal Bories et Daoud Boughezala

Causeur: On vous a entendue pousser un coup de gueule à la télévision pendant la tenue du « Salon musulman du Val-d’Oise » les 12 et 13 septembre. Si cet événement rassemblait effectivement des prédicateurs salafistes peu connus pour leur engagement féministe, ils n’appelaient pas non plus leurs ouailles à battre leurs femmes, comme l’ont prétendu les Femen…

Céline Pina: Au départ, mon attention a été attirée par des féministes comme Yael Mellul ou Catherine Moreau qui m’ont dit : « Regarde, ça se passe à côté de chez toi. » J’ai donc pris la liste des intervenants et fait des recherches sur internet. C’est ainsi que j’ai découvert le contenu de leur propagande. On savait que, lors du salon, ils seraient prudents, la préfecture ayant averti qu’elle enregistrait tout, mais les vidéos enregistrées lors d’un salon précédent sont éloquentes.

Concrètement, qu’avez-vous entendu ?

Je vais vous citer ce qu’il y a de plus choquant : « La femme qui sort non voilée, qui se parfume, est une fornicatrice. » Ou l’apologie du viol conjugal : « Une femme qui se refuse à son homme est maudite. » Plus globalement, ces prêcheurs entendent construire toute une société de contraintes. Il n’y a aucune dimension spirituelle, mais uniquement des interdits et des obligations qui s’abattent surtout sur la femme. Dans ce salon, les référents islamiques tiennent un discours caricatural, sentimentalo-gluant, ils parlent à des adultes comme s’ils avaient 12 ans. Cela donne : « Un père qui élève sa fille de longues années, il l’aime ; c’est son père, il la protège. S’il la donne à un autre homme et que celui-ci la maltraite, le père sera le défenseur de sa fille. » Résultat : 1. la mère est évacuée ; 2. la fille n’a pas son mot à dire puisqu’elle est « offerte » ; 3. on est dans un univers sans loi où tout procède du père… On paie cher les aberrations propagées par ces faux guides qui semblent très mal connaître leur religion.

Vous allez nous dire que ça n’a rien à voir avec l’islam ?

L’islam n’est pas mon sujet. Je ne suis pas une spécialiste et quand bien même le Coran dirait que la femme doit être soumise à l’homme, je défendrais l’opinion inverse. Après les attentats de Charlie et de l’Hyper Cacher, le peu de suites de la mobilisation du 11 janvier a eu tendance à me faire basculer dans une colère que je ne contrôlais plus. Mais j’essaie d’être bienveillante et j’ai beaucoup lu, notamment Abdennour Bidar. Alors que je suis athée, ce penseur soufi a rallumé ma flamme intérieure. Il raconte que l’homme n’est pas l’esclave de Dieu, mais que la meilleure façon d’exprimer la part de divin chez l’homme, c’est au contraire de redevenir créateur en fondant un monde commun.

Juste après les attentats de janvier, qui ont pour le moins ébréché notre « monde commun », vous avez publié une tribune dans le Huffington Post où vous écriviez notamment : « Ni amalgame ni déni. » Sur le terrain, quelles entorses à la laïcité et aux valeurs républicaines avez-vous constatées ?

En banlieue, je n’ai pas vu de barbus échevelés qui crient sur les femmes en leur mettant un capuchon sur la tête comme un bouchon sur un stylo mais, pendant les municipales, j’ai observé des phénomènes bien plus insidieux. Cela se passe toujours de la même manière. Une association se crée. Elle veut installer une mosquée et va demander un bail emphytéotique au pouvoir politique. Le but du jeu, c’est de privatiser la relation aux autorités publiques, et l’angle cultuel est le bon car les politiques l’identifient comme un lien d’appartenance qui fixe une partie de la communauté. Arrivent alors des sollicitations très régulières, pour montrer qu’un lien s’est créé entre les dirigeants de l’association et le pouvoir politique. Les associations instrumentalisent ensuite ce lien pour dire à ceux qu’elles entendent dominer : « Si tu veux des informations, voire des passe-droits, passe par moi, j’ai des contacts. » Une fois l’accord de principe obtenu, reste à trouver l’emplacement de la future mosquée. Cela devient une question de prestige, donc d’affirmation de son pouvoir. L’idéal étant que la mosquée se trouve à proximité d’un collège ou d’un lycée publics.

Jusque-là, rien de choquant, l’exercice de la liberté de culte est un principe constitutionnel…

Le problème, c’est de placer deux savoirs différents – la mosquée et le lycée – au même niveau. Plus une association parvient à obtenir un terrain central, plus elle montre qu’elle a l’oreille des politiques et plus cela renforce sa mainmise sur la communauté. Dans un second temps, d’autres associations se créent, en général dans le champ de la citoyenneté ou de l’aide à la réussite scolaire. Ces structures ont toujours deux visages. D’un côté, on voit des gens très sages avec lesquels on ne peut pas être en conflit. De l’autre, des associatifs plus jeunes et bien propres sur eux qui tiennent un discours très calibré, confondant la sphère publique et la sphère privée. Ils s’adressent à leurs « sœurs » et à leurs « frères » afin d’essayer de contrôler tous les aspects de leur vie, évidemment « pour leur bien ».

Ne sous-estimez-vous pas le libre arbitre des habitants de banlieue face aux propagandistes islamistes ?

Si la propagande islamiste marche, c’est parce qu’elle se développe sur un désert spirituel à peu près total. Et je ne parle pas forcément de religion, car le politique a aussi une dimension spirituelle. Or, aujourd’hui, les gens désespèrent des politiques, notamment parce qu’ils ont l’impression que leurs inégalités de naissance se transforment inéluctablement en inégalités de destin. Le silence des politiques face à l’islamisme pèse aussi, car une opinion politique qui n’est pas combattue est une opinion légitimée.

Non seulement cette mouvance n’est sans doute pas assez combattue, mais une grande partie de la gauche s’appuie sur un discours « anti-islamophobe » pour engranger des voix. François Hollande a par exemple été élu avec 90 % des suffrages chez les Français musulmans…

Oui, la stratégie de Terra Nova1 a marché. Mais ce deal politique ne survivra plus très longtemps parce que, aujourd’hui, les militants identitaires et religieux poursuivent leurs propres objectifs et sont avant tout au service de leur combat. Or, sur mon territoire, si certains élus font de la politique noblement, d’autres font encore du Terra Nova, à droite comme à gauche. Cette stratégie est d’abord le résultat d’une désertion idéologique : quand les politiques n’ont plus rien à dire, et ne savent plus quels principes ils doivent défendre, ils se mettent à répondre à la « demande ». Et ils commencent à vendre la citoyenneté à la découpe. Il faut être vigilant parce que le monde dans lequel j’ai grandi n’est plus une évidence.

Que voulez-vous dire ?

Plus jeune, je vivais dans l’illusion hégélienne qu’on allait avancer vers plus de démocratie et d’égalité, comme le soutenait La Fin de l’histoire de Fukuyama. Puis il y a eu l’affaire Merah, avec le meurtre de la petite fille, en 2012. Ce jour-là, mon monde s’est effondré. De la même manière, je croyais impossible qu’on décapite quelqu’un en France, et j’étais persuadée que l’égalité homme-femme était un acquis qu’il fallait seulement améliorer. Je ne pensais pas qu’elle pouvait être attaquée aussi violemment sans que personne réagisse.

On aimerait voir plus de manifestations de musulmans contre l’islamisme, où l’on scanderait « Pas en mon nom ». Avez-vous reçu des messages de soutien de la part de musulmans ?

Oui, beaucoup. Des hommes et des femmes musulmans me disent : « Nous, on n’est pas comme ça. Ces discours-là, nous, on ne les valide pas. » J’ai dit publiquement que la religion était une affaire privée et que les lois de la République passaient avant les interdits et les préceptes religieux. C’est une phrase qui pouvait heurter. Or, c’est précisément à cela que des citoyens d’origine musulmane réagissent positivement.

Fait remarquable, nous n’avons pas entendu une seule fois les mots « Front national » depuis le début de cet entretien alors qu’en général, surtout chez les élus de gauche, on a droit au sempiternel : « Surtout, je ne veux pas faire le jeu du FN… »

Je vais vous décevoir, je me crois aussi caricaturale que mes petits camarades. Comme les islamistes, Marine Le Pen est perpétuellement dans le double discours. Elle a beau maîtriser sa parole de façon impeccable sur certains thèmes, je la crois insincère. Mais je ne supporte pas qu’on fasse taire tout le monde en disant : « On ne va pas faire le jeu du Front national. » Car ce qui fait le jeu du FN, c’est justement l’autocensure et l’absence de discours politique.

Comme Alain Finkielkraut, vous pensez que la classe politique « fait le cadeau du réel au FN »…

On passe son temps à dire qu’on ne veut pas faire le jeu du FN, or il ne cesse de monter. Beaucoup d’intellectuels portent ce combat mieux que moi, comme Abdennour Bidar, Mohamed Sifaoui, Caroline Fourest, Michel Onfray, ou encore Christophe Guilluy et Laurent Bouvet qui ont réfléchi sur l’insécurité culturelle. À un moment donné, il va falloir travailler ensemble. Si nous voulons vraiment nous battre, arrêtons d’exiger des certificats de virginité en nous demandant depuis combien de temps untel ou untel mène ce combat. Levons le nez du guidon et essayons de changer !

Comment ?

À ma petite échelle, j’ai choisi de ne plus taire les choses que j’avais déjà du mal à accepter. L’appareil du Parti socialiste est dans le déni, comme j’ai pu l’être dans le passé. Mais, quand on a le sentiment que le monde s’effondre, on ne danse pas au-dessus du volcan, en espérant effacer la réalité. On prend ses outils et on reconstruit. Et le verbe est la première arme des politiques et des citoyens. Reprenons la parole : c’est de nos silences que les islamistes tirent leur pouvoir.

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