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Chaque fois que le temps m'est donné j'éprouve un grand plaisir de partir à la rencontre de la création cinématographique étrangère, non américaine hormis celle du cinéma US indépendant, tant les horizons qu'elles m'offrent sont illimités et surtout opèrent une fracture avec les approches sans profondeur ou consensuelles de notre cinéma gaulois et franchouillard qui fait toujours appel à un soupçon de cul ou de grivoiserie pour combler le manque d'analyse de certains thèmes et assujettis aux complaisances claniques des oligarchies du CNC, Arte ou Canal + trop affairés à reproduire un monolithique savoir faire ou se dissolvent les scénarios...
Pour fuir cet appauvrissement je me dois de franchir donc les frontières culturelles, de traverser les continents et de transgresser notre suffisance culturelle qui défigure un art pour le transformer en un simple produit de consommation ou de spectacle. Fuir l'étourdissement. Dimanche dernier j'ai atterri au Mexique avec le film de José Luis Valle: Workers. Un film qui observe deux travailleurs pauvres mexicains. Rafael et Lidia qui sont absorbés par la monotonie hypnotique  de leur travail d'employés subalternes. Homme d'entretien depuis trente ans dans la multinationale de l'éclairage, Philipps, aux locaux aseptisés et employée de maison d'une vieille fortunée qui d’yeux que pour son chien. C'est un couple défait depuis la mort de leur enfant et le réalisateur nous donne à observer tour à tour, par une mise en scène précise, les rapports de classe et de domesticité dans la société mexicaine. Le jeu de la caméra avec ses déplacements lents et ses plans fixes nous rend attentif aux moindres détails qui vont faire basculer Rafael et Lidia vers une subversion, avec humour et distance, régénératrice et attendue. C'est un beau message sur d'une part sur la persistance de la lutte des classes dont on nous fait constamment croire qu'elle serait une obsolescence héritée de concepts archaïques et d'autre part que l'anesthésie du sujet, de la exploité perd de son effet et que des actes de résistance et de sabotage sont de l'ordre du possible avec la volonté du retour de la dignité et qu'il faut selon l'expression populaire se méfier de l'eau qui dort...


Un film impossible à réaliser en France tant par l'approche technique avec ses longs plans presque fixes, l'appel descriptif aux plans larges, un montage hors balises, colorimétrie et lumière d'une photographie hors pair orchestrée par un chef-op rigoureux que tant par la dimension du sujet abordée avec un minimalisme dérisoire qui finit par percuter violemment le spectateur et l'amener sans à-coup à dépasser la naturelle empathie pour un sentiment de révolte consciente et réfléchie. 

"Workers" un joyau cinématographique qui résiste avec ironie au déni de la lutte de classe

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