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Alors que s'ouvre l'ère nouvelle du Grand Paris il me semble que notre époque manque terriblement d'âme pour évoquer ces grands sillons qui marquent le territoire et qui se cachent derrière cet acronyme forcément réducteur de RER...déclinés en A, B, C, D et E!  Ces sillons qui percent et strient nos cités bouleversent nos quotidiens d’usagers obligés d’emprunter ces râmes pour assurer nos deplaçements. Ils se ramifient et dessinent parfois une arabesque autour de la Seine ou de nos monts Martre, Valérien, Parnasse, Rouge, Mesly et autres... Ils ont leurs spécialistes, leurs ingénieurs et urbanistes, leurs politiques avec des élus territoriaux dédiés mais n'ont pas ou plus leurs poètes; ceux qui font rimer poésie et sociologie pour retrouver l'homme, le citadin, le lieu, la culture et la mémoire.

Notre époque est pauvre alors que dans nos rayons de bibliothèques il existe un ouvrage remarquable de François Maspero, Les Passagers du Roissy-Express, ignoré de tous ces savants, ces exégètes avertis du Grand Paris ou ce grand n'importe quoi qui va isoler, esseuler le citadin au cœur d'une mégalopole, ogresse qui dévoreras dans son appétit croissant et insatiable ses enfants que nous sommes sans qu'il n'existe le rempart des politiques de proximité assurées par des élus-citoyens.

Je les invite à lire cet ouvrage pour réviser ce monstre et y dénicher après défrichement le présent de ceux qui habitent ce Grand Paris et sortir de leurs chiffres, de leurs kilomètres linéaires, de leurs métrages de quais, de leur connexions et interconnexions...

Pourquoi n'avoir pas eu ce sens inné du devenir en organisant une belle exposition poétique se réclamant de cet ouvrage, véritable merveille de poésie et de sociologie? Ah que j'eusse aimé pouvoir entreprendre un tel projet et pourquoi pas sur notre ville pour démonter que la culture est aussi un outil de la sociologie! Un projet qui restitue la part de l'humain au cœur de notre territoire! Une ambition qui nous a manqué car nous n'avons abordé qu'avec les outils sous-dimensionnés du politique cette question. Et le politique est pauvre culturellement! 

Cet ouvrage de François Maspero est paru en 1990. Il est le récit d’un voyage entrepris avec la photographe Anaïk Frantz le long de la ligne B du RER, celle qui coupe Paris et traverse l’Ile de France du Nord (Aéroport Charles de Gaulle) au Sud. Voyage à contrainte, ne pas revenir dormir à Paris pourtant si proche, utiliser les transports en commun, dormir dans des hôtels parfois si difficiles à trouver et à habiter. Voyage littéraire aussi, qui prend ses sources dans le Danube de Claudio Magris et est traversé par les figures de Rousseau, Nerval, Didier Daeninckx au Nord de la ligne (pays du Valois) ; auxquels répondent La Fontaine (Sceaux), ou le Marquis de Sade au Sud. Voyage humain, enfin, puisque le tissu des villes échappe à la rationalité et repose sur les habitants qui occupent l’espace et lui donnent, ou non, âme sous forme de quartiers. “Les voyages ne sont pas faits seulement pour se donner des souvenirs. Ils sont faits pour se donner l’envie de revenir.”

 

 

 

Les transports du Grand Paris sans poètes pour les passagers du Roissy-Express...

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