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La question de l’esclavage est toujours d’actualité dans les sociétés africaines, même s’il subsiste sous d’autres formes. Le Pr Ibrahima Thioub ( recteur de l’Université Cheikh Anta Diop ) prend comme exemple les sociétés post-esclavagistes en Sénégambie pour appuyer ses études sur l'esclavage et sa persistance.

"Dans les sociétés où la division du travail est considérée comme servilité, des activités spécialement réservées aux esclaves, comme chez les Poulars, il est difficile d’abolir l’esclavage, même quand les textes juridiques l’abrogent. Pour maintenir l’esclavage, certains utilisent les facteurs naturels ou sacrés".

Selon l’historien, l’abolition de l’esclavage dans certaines sociétés est difficile, même quand les textes juridiques le supprime. "Dans la société wolof, explique-t-il, l’esclavage comme idéologie se perpétue, parce que dans beaucoup de villages, il est facile d’identifier les familles serviles. La transmission généalogique continue de s’opérer, parce que le facteur sang utilisé comme idéologie ne permet pas de sortir de l’esclavage." Et cette pratique persiste encore dans des pays comme le Sénégal, la Mauritanie, la Gambie, la Guinée.

Dans ses exposés sur la question, le Pr Ibrahima Thioub revient régulièrement sur l’origine du mot "Mbindane" qui signifie domestique de maison, en wolof. Il explique : "Lorsque l’esclavage a été aboli à SaintLouis en 1848, les maîtres ont été autorisés à racheter les jeunes employés comme domestiques à l’intérieur du pays. Ils avaient le droit de les garder jusqu’à 7 ou 14 ans, avant de les affranchir. Et une fois rachetés, ces jeunes étaient obligatoirement enregistrés par leurs maîtres au registre des services judiciaires de Saint-Louis". Selon l’historien, c’est cet de acte d’enregistrement de ces jeunes garçons et jeunes filles, que vient le mot "Mbindane" (avec la racine du verbe écrire : "bind" en wolof ). Si on en croit toujours l’historien, certains maîtres refusaient d’affranchir les jeunes. Ils les prenaient pour aller les revendre en Mauritanie ou dans le Walo qui était considéré comme un Etat à part mais, qui entretenait des liens diplomatiques avec le Sénégal d’alors composé de Saint-Louis, Dakar, Rufisque.


Ibrahima Thioub par le développement de ses travaux donne aux africains une autre lecture sur leur histoire et les éclaire sur la différence qui existe entre les mots esclave et captif. "Le captif est une personne qui reconnaît encore d’où il vient, sa culture, bref, ses origines, tandis que l’esclave, c’est tout à fait le contraire." Il rappelle le rôle de l’historien qui doit réfléchir sur le passé pour éclairer les difficultés du présent, sans trop de violence, en comprenant les origines des comportements contemporains. Et rappelle également que toutes les sociétés ont connu l’esclavage. 

La question mauritanienne et de la persistance de l'esclavage dans ce pays est aujourd'hui exemplaire et mérite une attention particulière. Aujourd'hui, l'esclavage en Mauritanie continue d'exister bien qu'il ait été aboli en 1981. Il concerne les descendants des noirs asservis il y a des générations; ils travaillent en partie encore comme esclaves pour les "maures blancs". On ne connait pas exactement le nombre des esclaves dans ce pays, mais on estime qu'ils sont des centaines de milliers. L'experte de l'esclavage moderne Kevin Bales estime que la proportion d'esclaves dans la population totale est la plus haute du monde. Il y a des organisations en Mauritanie comme El Hor et SOS Esclaves qui luttent contre l'esclavage. Le 8 août 2007 le Parlement du pays a adopté une loi criminalisant l'esclavage, puni de dix ans d'emprisonnement. 

 

Pour mieux appréhender le fléau esclavagiste en Mauritanie je vous invite à  suivre le lien suivant www.odh-mauritanie.org qui vous instruira sur la question des Haratines que j'ai par ailleurs régulièrement abordée dans les pages de ce blog: www.odh-mauritanie.com

Et en guise de conclusion comment ne pas rappeler fin 2014 l'enlèvement de plus de 200 lycéennes au Nigéria par un groupe islamiste armé Boko Haram qui remet sur le devant de la scène la question de l'esclavage au nom de l'Islam. Le leader du groupe affirmant garder « des gens comme esclaves », et annonçant à propos des jeunes filles kidnapées : « je vais les vendre sur le marché, au nom d'Allah ». Sur la relation esclavage/islam qui est une réalité qui dure il faut entre-autre s'en référer aux travaux de l'anthropologue Malek Chebel ou à l'ouvrage remarquable de Tidiane N'Diaye : " Le génocide voilé : enquête historique ". Citons encore en bibliographie: "Les négriers en terres d'islam" par Jacques HEERS. 
qui n'est pas un révisionniste mais Professeur d'Histoire émérite de Paris IV Sorbonne qui déteste les visions partiales. OUI, la traite transatlantique est une des hontes de l'Occident moderne et éclairé (qu'on pense à Voltaire, au courant de la traite, ne s'en offusquant point, et soucieux uniquement d'avoir assez de sucre à mettre dans son chocolat, et se gaussant des "nègres"!!!).

OUI, c'est un crime contre l'Humanité.
Seulement nous ne fûmes pas seuls. Et pas les premiers, ni les derniers.


Ce livre raconte la Traite arabo-musulmane, la complicité des chrétiens blancs, celle des rois noirs du Dahomey, des tribus ravies de se débarrasser de leurs ennemis, celle des négociants juifs dans ce sinistre "commerce". Elle a duré 1200 ans. On n'en parle pas.
Contrairement à Tidiane N'Diaye, auteur du "génocide voilé", Jacques HEERS ne tente pas de chiffrer les pertes humaines, et pour l'excellente raison que la documentation comptable (les livres de bord, les registres de compte, les livres des négriers) ne se trouvent qu'à partir des 16e-17e siècles, et essentiellement dans la traite occidentale.
Il y a bien génocide, on peut avancer AU MOINS le million d'âmes par décence et logique (et c'est déjà trop), on ne pourra cependant jamais graver un chiffre sur le cénotaphe des Noirs arrachés à leur tribu, à leur famille, à leur terre, émasculés, pour finir dans les cales, les salines, les mines, les sources de naphte (goudron), les villes pour le nettoyage des hammams, les plantations arabo-musulmanes.


Cette journée du 10 mai est la journée sombre de l'humanité et de son crime abyssal et malheureusement pérenne.

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