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Il faut pour donner encore plus de sens au discours ce matin de mon ami Pascal Clerget le complémenter de détails historiques replaçant le discours injurieux et antisémite du fasciste Xavier Vallat à l'encontre de Léon Blum dans le contexte toujours actuel d'une droite extrême, catholique et raciste: 

6juin 1936 : Xavier Vallat lance une violente attaque antisémite contre Léon Blum

En ce 6 juin 1936, la Chambre des députés est réunie au grand complet pour investir le gouvernement du Front populaire qui a gagné les élections législatives. Léon Blum lit son discours de politique générale dans une ambiance calme et attentive. Son lyrisme habituel trouve là une bonne occasion.. « L’immensité de la tâche qui nous incombe, bien loin de nous décourager, ne fait qu’accroître notre ardeur. »

A 17h30, Xavier Vallat monte à la tribune comme à l’assaut. Au lieu de répondre au projet politique du nouveau président du conseil, il s’attaque violemment aux membres du gouvernement qui ont contribué à la répression policière du 6 février 1934 contre les Ligues.

Du 6 au 12 février 1934, la France ouvrière et républicaine stoppe le fascisme

Le vacarme emplit l’Assemblée nationale tant les invectives fusent des bancs de gauche vers la droite et vice-versa. Le président suspend rapidement la séance.

Dès la reprise, Vallat hausse encore la violence de son propos. Il l’agresse personnellement Léon Blum sur ses origines juives :

- M. Xavier Vallat : « Votre arrivée au pouvoir, monsieur le président du Conseil, est incontestablement une date historique. Pour la première fois, ce vieux pays gallo-romain sera gouverné…

- M. le Président (Edouard Herriot, radical) : Prenez garde, monsieur Vallat.

- M. Xavier Vallat : … par un Juif. »

Il poursuit sur le même ton agressif et la même veine antisémite :

- « Je constate que, pour la première fois, la France aura eu son Disraeli » ;

- « Je dis […] que pour gouverner cette nation paysanne qu’est la France, il vaut mieux avoir quelqu’un dont les origines, si modestes soient-elles, se perdent dans les entrailles de notre sol, qu’un talmudiste subtil. »

- « Lorsque le Français moyen pensera que les décisions de M. Blum auront été prises dans un sanhédrin où figureront, à leur ordre d’importance, son secrétaire, M. Blumel, son secrétaire général, M. Moch, ses confidents, MM. Cain et Lévy, son porte-plume, M. Rosenfeld, il sera inquiet. »

Cette attaque antisémite a-t-elle entraîné une réaction sérieuse du Front populaire ? Absolument pas. Le président Edouard Herriot fait tout pour ne pas en tenir compte ("l’incident est clos") selon le raisonnement "censé" habituel : "Ne pas donner de l’importance à des propos sans importance", "montrer aux Français que l’on gère tranquillement la France...",

Les seules réactions à la hauteur de l’évènement sont venues de la gauche du Parti socialiste et du PCF. En séance, deux invectives fusent « scélérat ! » et « fasciste ! ». L’Humanité du 7 juin dénonce l’« offensive brutale et répugnante de la droite fasciste » et un antisémitisme « à la mode d’Hitler ». Lorsque la gauche de la chambre des députés veut obtenir la censure contre Vallat qui n’en est pas à son coup d’essai sur ce thème, loin de là, le gros des élus du Front populaire s’y oppose.

Terminons sur ce point en notant que l’électoralisme traditionnel (gagner les voix du centre, les suffrages des gens qui n’aiment pas les affrontements...) a poussé les radicaux et socialistes à sans cesse laisser passer les propos antisémites venus de la droite :

- Le 15 février 1934, en séance parlementaire « il nous a semblé entendre après la voix d’Israël et celle de Moscou, la voix de la France ! » (Vallat)

- Dans L’Action française du 2 novembre 1933, Léon Daudet stigmatise Léon Blum comme un « hybride ethnique et hermaphrodite »

L’attaque antisémite de Xavier Vallat contre Léon Blum l’a-t-elle marginalisé :

- dans la droite ? que non, ses collègues l’acclament à tout rompre. Comme le note son excellent biographe Laurent Joly « Les applaudissements nourris qui accompagnent les propos de Xavier Vallat témoignent d’une adhésion massive de la droite au discours antisémite. »

- dans l’Eglise catholique ? que non, ses journaux le hissent au statut de héros

- dans sa profession ? Au contraire. Ainsi, il est élu quelques jours après au Conseil national de l’Ordre des Avocats.

Rien n’empêche donc Vallat de se positionner de plus en plus sur sa position naturelle : fasciste à tous crins. Ainsi, il dénonce les appels à la mobilisation et à la préparation de la guerre contre le Troisième Reich comme relevant d’une "guerre juive". Ainsi, il théorise à sa façon "plutôt Hitler que le communisme" Comme on ne peut discuter avec les deux, mieux vaut discuter avec Hitler (Gazette d’Annonay dès décembre 1933).

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