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Les pogroms russes

 

Monsieur Gildas Lecoq me demande de parler des pogroms russes. Je réponds à sa demande avec plaisir. Je lui conseille un meilleur conférencier en prenant connaissance d'un des meilleurs travaux universitaire sur la question qu'est l'ouvrage de John Doyle Klier et de Schlomo Lambroza

 

Pogroms : Anti-Jewish Violence in Modern Russian History, Cambridge Univ. Press, 1992.

 

Ceci dit voici malgré tout un petit "historique" des pogroms russes dont Gildas Lecoq désire que je l'entretienne: 

 

Au XIXe siècle, la communauté juive la plus importante du monde se trouve dans l'Empire russe avec cinq millions d'individus. c’est ce périmètre de l'est de l'Europe que l'on nomme communément la Zone.  Ces derniers y vivent d'artisanat et de petites industries (textile, commerce, usines). 

Au début des années 1880, une commission du gouvernement tsariste relève que 90 % des Juifs constituent une "masse indigente"  menant une existence misérable qui est une potentielle menace pour l'empire. Cette population se voit dès lors appliquer près de 650 "lois d'exception" visant à restreindre leurs libertés et leurs droits. Entre 1881 et 1889, des campagnes antisémites, orchestrées par le pouvoir tsariste, accusent les Juifs de toutes les tensions sociales : dans 26 localités, on signale des violences contre les Juifs, suite à l'instabilité politique résultant de l'assassinat du tsar Alexandre II par une organisation révolutionnaire. C'est l'apparition de la première vague massive des juifs vers les Etats-Unis qui est attestée par les documents d'immigration américains de Long Island. 

 

Pour identifier ces violences particulières qui visent la communauté juive  un nouveau mot s'affirme : celui de  "pogrom". C'est un terme russe qui décrit habituellement une "destruction", mais qui signifie également le tonnerre, la furie et l'anéantissement de l'ennemi. Une définition bien appliquée aux exactions dont la communauté juive de Russie va subir. 

De nouveaux déferlements antisémites vont surgir lors des agitations révolutionnaires des années 1902 à 1906. Ce galop d'essai infructueux de la révolution de 1917. Parallèlement l'éveil nationaliste des juifs va pousser nombre d'entre-eux à émigrer vers la Palestine... Le pogrom le plus évocateur de ces années de violence antisémite est celui de Kichinev en avril 1906. Une foule russe, chrétienne, déchaînée qui va tuer, blesser, violer, torturer, profaner  et saccager cette bourgade pour " venger " le suicide d'une jeune fille chrétienne dont la presse rend son patron juif responsable! Le bilan est terrible : 50 morts, 100 blessés, une çentaine de viols et un millier de maisons détruites! Et il y aura d´autres Kichinev... Un schéma antisémite reproductible, toujours identique et toujours nourri par les mêmes agitateurs, toujours modélisés sur la théorie du bouc-émissaire pour répondre à l'ignominie frauduleuse des Protocoles des Sages de Sion fabriques par la police tzariste.

 

La révolution bolchevique de février 1917 mit fin aux discriminations légales dont souffraient les Juifs. Le 20 mars 1917, la Zone est abolie – une grande partie de la Zone deviendra plus tard une part de la Pologne. Le gouvernement provisoire ouvrit aux juifs l’accès aux postes à responsabilité, et des milliers de Juifs apparurent donc sur le devant de la nouvelle scène politique. La guerre civile de 1918-1920 conduit à une troisième vague de pogroms et à des exactions militaires de grande ampleur.

 

Les années 1918-1921 des guerres civiles russes constituent la quatrième vague de pogroms de l’histoire de la Russie moderne, mais le contexte dans lequel ils ont été commis, leur ampleur sans précédent et leurs modalités les distinguent radicalement des précédents. Peu étudiés, ils constituent pourtant les plus grands massacres de Juifs avant le génocide ; plus de 2 000 bourgades et petites villes furent touchées en Ukraine, Biélorussie et Russie, faisant au moins 100 000 tués, 200 000 blessés, des dizaines de milliers de femmes violées, 300 000 orphelins, plus de 500 000 réfugiés – dans une communauté de 5 millions de personnes…

 

80 % des 2 000 pogroms de ces années ont concerné l’Ukraine occidentale et 15 % la Biélorussie. Assez rapidement se forme la « conjonction fatale » entre Juifs et bolchéviques ; pour l’opinion publique, seuls les Juifs ont tiré profit de la révolution, tous les autres n’en ont retiré que du malheur. L’intensité du sentiment « Le pouvoir soviétique, ça pourrait encore aller s’il n’y avait pas des youpins partout » est telle que la police politique soviétique propose de remplacer d’urgence en Ukraine tous les communistes juifs ayant des responsabilités par des communistes russes, à défaut d’Ukrainiens…

 

Les pogroms perpétrés par l’Armée blanche en 1919 constituent pour beaucoup d’historiens un phénomène radicalement nouveau, fondé sur un antisémitisme doctrinal exacerbé, devenu « le point focal d’une vision du monde », faisant par cet aspect du mouvement blanc un mouvement « proto-nazi ». 

 

 

 

Les pogroms russes
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