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Un un bel article sous la signature de Kamel Daoud: "l'islamophobie, fille de l'islamisme"


L'islamophobie est née de l'islamisme. On aura beau parler de calcul électoraliste en Occident, de défaite de l'altérité, de peur, de rejet et de racisme, la filiation est d'abord celle de l'islamisme. C'est cette dérive totalitaire, sur le corps ou l'espace, avec son ambition mondiale et ses expressions violentes ou moyenâgeuses qui a inventé l'islamophobie. On ne se souvient pas de rejet des musulmans, en Occident, à l'époque où l'islam était une foi et pas un programme d'extension de la soumission. Au mieux, la pratique religieuse provoquait la curiosité, ou les fameux orientalismes, du touriste ou du spécialiste ou du voisin de quartier qui préférait l'indifférence. Et cette évidence de la filiation, douloureuse, est à admettre pour les musulmans, de foi, de culture ou d'histoire, en Occident ou ailleurs, pour pouvoir s'en défaire, ne pas céder au statut de victime, la dépasser et lutter contre elle. L'islamophobie est un calcul politique quand le « politique » manque d'arguments pour lever les foules, mais elle est aussi méconnaissance de l'Autre, confusion et peur qu'il faut comprendre et démanteler.
Si aujourd'hui l'islam fait peur et provoque le rejet, c'est parce qu'on tue en son nom, on massacre et on s'en réclame pour habiller l'horreur ou le déni de soi et des siens ; il n'est plus la forme d'une foi, mais d'un refus de vivre et de laisser vivre. Et si aujourd'hui l'islam est islamisme, c'est aussi parce que les gens de sa foi se taisent, laissent faire et s'accommodent de la prise en otage de leur parole et de leur statut de victime pour geindre et confondre droits et abus. L'islamophobie est le délit de ceux qui y recourent comme réflexe et de ceux qui laissent faire, de ceux qui ne font rien d'autre que s'agiter contre une caricature sans manifester contre un Daech qui joue sur les ruptures et nourrit les peurs. Si l'islamophobie n'est pas un bon programme politique d'avenir, Dieu n'est pas un burkini non plus.
Du coup, la polémique sur le burkini, en France, aurait pu être « saine » si elle n'avait pas été intoxiquée par la peur et nourrie par les obtusions. Si, en France, cette tenue surréaliste et hideuse fait peur, c'est qu'elle rappelle les attentats, la mort, signifie le recul et la débâcle de la liberté, incarne le sort promis aux femmes, aux corps et aux valeurs de ce pays, ainsi qu'aux libertés en général. Le rejet ne pouvait qu'être violent et ne pouvait que servir aux crieurs publics. D'un côté, le burkini servira à voiler l'état d'un pays, de l'autre, à jouer aux victimes. Dans les deux cas, les extrémismes en sortent gagnants. Un politique français avait raison d'appeler à la discrétion car, au moment des crispations, l'enjeu est de sauver une foi et une culture, pas de procéder à des démonstrations de force et d'entêtement.
Le pire est qu'au Sud la dénonciation de l'islamophobie ne sert plus à la prise de conscience de nos responsabilités, mais seulement à revitaliser le discours postcolonial antifrançais et antioccidental. Dangereuse dérive qui, au nom de la dénonciation du crime colonial ou « impérialiste », s'allie avec le discours islamiste pour parler des libertés en France et réclamer le droit au burkini au nom du droit du décolonisé ! Des éditos crieront, au Sud, à l'outrage et à la dérive en France, mais sans jamais s'émouvoir des christianophobies largement nourries, autorisées et inscrites dans les cultures populaires. Une alliance invraisemblable quand on sait de quoi ont souffert les élites sous les terreurs islamistes en Algérie il y a dix ans seulement.
Conclusion ? Terrible : dans le brouhaha du moment confus, seul l'islamisme semble avoir tout compris. Il joue aujourd'hui avec aisance même à l'islam crucifié. 


Kamel Daoud / Le Point n°2295, 1 Septembre 2016.


-fée

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