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Il n’y avait plus vraiment de suspense. Depuis que samedi, le Département d’État américain, par la voix de son porte-parole, avait déclaré qu’il était clair que les tentatives de négociation avancées la semaine dernière par Laurent Gbagbo n’étaient rien d’autre que des ruses de guerre pour permettre à ses troupes de se regrouper et de se réarmer, il était évident que le temps n’était plus du tout au compromis au compromis pour les pays occidentaux et que Laurent Gbagbo avait brûlé son dernier joker.

Quelques heures plus tard, les hélicoptères français commençaient à pilonner les armes lourdes positionnées autour de la résidence de l’ancien président, et le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-Moon, prenait soin d’expliquer qu’il était à l’initiative des frappes. « Vers 17h, l’ONUCI a engagé une opération militaire afin d’empêcher l’utilisation d’armes lourdes menaçant la sécurité des populations civiles d’Abidjan et de nos casques bleus. À ma demande, les forces françaises de la Licorne ont apporté le soutien nécessaire à l’ONUCI ». Ban Ki-Moon reprenait à son compte le caractère fallacieux des tentatives de négociations de Laurent Gbagbo et énumérait les derniers mouvements des troupes pro-Gbagbo comme preuves que celles-ci visaient aussi bien l’ONUCI que les populations civiles.

Comme la résolution 1973 portant sur la Libye, la résolution 1975 du Conseil de sécurité de l’ONU portant sur la Côte d’Ivoire autorisait « tous les moyens » pour protéger les civils. Mais elle allait sensiblement plus loin que celle qui portait sur la Libye, en ce sens qu’elle demandait instamment à Laurent Gbagbo de se retirer et qu’elle ne comportait pas d’exclusion des « forces d’occupation étrangères ».

Les récriminations ultérieures de l’Union africaine n’y ont rien fait. Les événements se sont déroulés selon le scénario le plus prévisible, et Laurent Gbagbo s’est retrouvé en sous-vêtements devant les caméras, avec un futur procès à la clé. Vae victis . En n’oubliant pas que l’expression est née du fait que le gaulois Brennos argua du « droit des vainqueurs » face aux romains, pour jeter son épée et son baudrier au dessus des poids destinés à peser l’or d’une rançon, en ajoutant « Malheur aux vaincus » comme conclusion.

Bien sûr, la France a joué un rôle important dans les derniers événements. Elle apparaît aujourd’hui particulièrement lointaine, cette année 2002 où la force française Licorne s’était interposée entre les forces nouvelles et les forces armées de Côte d’Ivoire qui bénéficiaient alors de l’appui logistique français. En 2010-2011, les rôles sont renversés et les conseils tactiques ont changé de camp. Le deal était clair : appui de la France, mais en contrepartie, pas question de toucher à l’intégrité physique de Gbagbo.

Gbagbo a perdu. Comme dans une cour de récréation, il serait bien inutile de chercher à démêler qui, de lui ou de Ouattara, avait débuté le jeu du rapport de forces. On retiendra qu’il n’y eut possibilité d’élections en Côte d’Ivoire que parce que les uns et les autres étaient chacun persuadés qu’ils allaient gagner. Au point, assure-t-on, que les militants houphouétistes auraient été priés de taire leurs opinions face aux sondeurs d’opinion, afin d’encourager Gbagbo à accepter la tenue d’élections. Vérité ou légende? En tout cas, si celui qui se faisait appeler le « boulanger d’Abidjan » a aujourd’hui des allures pagnolesques dans son « marcel », on risque de débattre encore longtemps sur le fait de savoir qui a roulé qui dans la farine.

Tag(s) : #PARTI SOCIALISTE

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